Fallopia Japonica, une « amie » qui vous veut « du bien »

Mais qu’est ce qu’on n’entend pas à mon sujet, c’est regrettable…
Il semble que tout le monde me déteste.
Je ne serais pas là où il faut… je serais un truc trop envahissant.
J’étoufferais les autres en cherchant à prendre leur place.
Je ne servirais à rien, uniquement à provoquer des problèmes.
On me voit partout et on ne me connaît pas,  on ne cherche pas à me comprendre ou à s’adapter à mes singularités.
Pendant tout ce temps, c’est vrai, je prolifère et on me voit encore plus chaque printemps.

Je suis la renouée du japon – fallopia japonica en nom latin. Mon nom commun indique que je suis une étrangère, ça démarre mal. Je m’appelle renouée… J’ai un homonyme, la renouée des oiseaux, que les jardiniers trouvaient envahissantes mais je n’ai rien à voir avec elle comme vous le verrez. Vous m’avez certainement déjà vu et même parlé de moi au détour d’une conversation. je ne passe pas inaperçue ave mes tiges comme du bambou.
Mais m’avez vous déjà mangé? Avez vous profité de mes propriétés médicinales?  Elles pourraient vous soulager de quelques maux bien plus problématiques que ma croissance au bord des chemins?
Savez vous  que je suis un excellent fourrage que les chevaux, les chèvres, moutons et autres boeufs.  Ils m’apprécient dès ma pousse printanière.


A oui… je commence à vous intéresser. Etes vous curieux de mieux me connaître? Alors laissez moi me conter.

Je suis une plante d’origine exotique. Le bassin de mes ancêtres est l’Asie, la chine particulièrement. Je suis connu là-bas depuis des millénaires et les hommes ont appris à m’apprivoiser car mes qualités ne tardent pas à se voir quand on s’intéresse à moi.
Je suis arrivé en Europe après un très long et lent voyage. Les botanistes notent mon arrivée en France en 1939.
Les caravanes commerciales devant trouver de la nourriture abondante en tout lieu ont eu l’idée de me planter sur les bords de route. J’ai pu comme ça coloniser des milliers de kilomètres carrés pour finir dans la pense de quelques mamifères et arriver en Europe. Ces derniers temps ma colonisation a été accélérée, ils sont là les reproches. Avec la mode des jardins paysagés, on m’a planté partout, est-ce ma faute? Ma croissance rapide, ma beauté, il faut le dire, et ma grande capacité d’adaptation m’a donné le titre de reine des jardins, pour un temps. Une fois que je suis bien implanté, pas grand chose peut arriver à bout de mes touffes de tiges.

Laissez moi me décrire pour mieux me faire connaître… Je suis une plante vivace, annuelle. Je pousse dans des endroits pauvres et maltraités comme les friches, les talus ou autres tas de gravats.
Je pousse très bien dans des endroits très riches… aussi. Je ne fais pas la difficile.
Une fois que mes rhizomes sont installés jusqu’à 4 mètres de profondeur, je prolifère car entre plants, on s’entraide. Au printemps je pousse en asperge. Ces tiges poussent de quelques centimètres par jour jusqu’à faire de grandes cannes qui atteignent entre 1 et 3 m, certaines montent à 4 mètres. A l’extrémité de mes tiges qui ressemblent à du bambou se déploient de larges feuilles en forme de coeur (c’est mignon). Mon couvert végétal ne passe pas inaperçu et l’ombre que je provoque rend difficile la pousse de plantes concurrentes. je finis, entre la densité de mes racines et de mon feuillage, par supprimer toute autre espèce. C’est ce qui fait peur, j’avoue, j’ai tendance à me sentir tout de suite bien là ou je suis. Mais peut on me reprocher d’avoir eu envie de mettre toutes chances de mon côté? Je prépare le terrain pour des arbres qui vont arriver par prendre le dessus sur moi. Ça personne ne le dit. Pour me faire apprécier de tous, j’ai beaucoup d’autres qualités, les voici.

Déjà, je suis facile à trouver. Pour me récolter, il faut s’assurer que je ne me suis pas installé dans un fiche industrielle ou dans des gravats. Mes grands rhizomes et ma capacité à fixer tous les métaux présents autour de moi pourraient rendre toxiques les racines qui y seraient récoltées. Vous devez donc choisir un endroit non pollué, éloigné des routes passantes. Oubliez les bandes colonisées le long de la route d’Autun, après la gare de Millay, ne pensez pas à me manger quand vous avez le moindre doute sur l’histoire du sol qui m’a accueilli. En revanche, sur le bord éloigné d’une route de campagne, dans le Morvan par exemple, le long d’un chemin ou dans le jardin, regardez moi avec envie et dévorez moi.

Vous me reconnaîtrez facilement dès le printemps. Je repousse là où j’étais implanté la saison précédente. Si un broyeur indélicat a coupé mes tiges et que des petits morceaux de 2-3 centimètres ont échappé au carnage, il y a de fortes chances que je me sois même étalé. Et oui, me broyer pour lutter contre mon envie de vivre est la pire des bonnes idées.


Pour arrêter de m’étaler, il faut me manger Les bêtes et les gens, je vous y invite.

Vous pourrez me déguster dès mes premières pousses. Les asperges sont délicieuses en salade. Vous pouvez me cuire comme des asperges plus classiques. voici quelques recettes. 
Lorsque mes tiges sont plus grandes, vous pouvez m’éplucher et me presser. Mon jus est acidulé comme de la rhubarbe. Les enfants d’Asie le savent bien et je suis souvent mâché et sucé sur le chemin de l’école. Ma sève peut être fait en sirop ou en jus qui vous étonnera et vous apportera sels minéraux et vitamines. Pensez à bien m’éplucher et ne pas abuser de mon goût car je contient de l’acide oxalique qui peut être contre-indiqué chez les goutteux.

Lorsque je me déploie, tout au long du printemps, mes feuilles sont tendres et douces. Elles remplacent les feuilles de vigne pour en faire des bouchées au riz. Vous pouvez me mettre dans du rhum à macérer pendant 1 mois. je vais donner à l’alcool un délicieux et subtil parfum de fleurs. Vous apprécierez aussi mes vertus médicinales à cette occasion. Nous en reparlerons un peu plus loin.
Mes feuilles peuvent se faire sécher tout l’été et être bu en tisane. Elle peuvent aussi remplacer le tabac, la combustion lente donne une fumée agréable qui ne contient pas de nicotine.
A l’automne, quand il ne reste plus beaucoup de choix pour les butineurs, je couvre mes parties supérieures de grappes de fleurs au parfum délicat qui offrent des possibilités mellifères importantes.Je donne un miel dense et parfumé. Je suis certain que mes fleurs pourraient rentrer dans des boissons rafraîchissantes originales. Tout reste à explorer. En revanche ne cherchez pas mes fruits. Ils sont minuscules et stériles. Je me reproduits par bouturage, un oeil d’asperge suffit ou une un petit morceau de tige.

Quand l’automne s’est installé, c’est là que je fais profiter les humains de mes meilleurs atouts. Il faut un peu de courage et de détermination pour aller arracher mes racines. J’aime les faire grosses et ramifiées. Avec une bêche à dents, une pioche et de l’énergie vous arriverez à m’extraire du sol pour le laver, me broyer et me faire sécher.
Vous pourrez alors préparer différentes potions en fonction de ce que vous préférez pour bénéficier de mes propriétés médicinales. C’est dans mes rhysomes que je concentre le plus de ce composé miraculeux appelé RESVERATROL. C’est un composé connu. Vous en avez déjà entendu parlé dans un fruit bien plus connue que moi qui donne une boisson appréciée…
Le [resse véra trolle] est le fameux anti oxydant du vin. Mis à toutes les sauces de l’industrie de la cosmétique, il est considéré comme le polyphénol de jouvence.
Et oui, je suis un concentré de jouvence. Vous commencez à me regarder d’un  oeil différent. Êtes vous prêts à écouter toutes mes qualités?

Je suis :
– Digestive
– Diurétique
– Antipyrétique (diminue la fièvre)
– hypotensive
– anti-cancer
– Anti-douleur
– Cardio-protecteur
– Anti inflammatoire
Oui tout ça et plus encore…

Je suis utilisé en médecine traditionnelle chinoise depuis toujours. Je suis l’une des racines les plus importantes avec le ginseng. On m’apprécie pour la circulation sanguine et l’élimination des toxines. Je lutte efficacement contre la constipation, les douleurs articulaires, les lésions traumatiques, les troubles menstruels, mais aussi l’arthrite.
Mes jeunes feuilles peuvent être malaxées pour stopper les hémorragies. Elles agissent également comme un anti-douleur locale. 
Dans le domaine de la médecine moderne, mon rhizome, présentant jusqu’à 50 fois plus de resvératrol que dans le tige, bénéficie d’une grande réputation. En effet, il est utilisé dans le traitement de l’hépatite, la bronchite chronique,  le cancer, l’athérosclérose, la diarrhée, la leucorrhée, l’hypertension, les morsures de serpents ou les brûlures.
Toujours en médecine traditionnelle, mes tiges épluchées, séchées et broyées et servent de compléments alimentaires dans le processus d’amollissement des selles. Elles favorisent également l’évacuation urinaire.

Les études les plus récentes de mes propriétés thérapeutiques me donnent un avenir très prometteur. Avez vous remarqué comme la Nature est bien faite? Les humains constatent un nombre important de maladies de lyme, un envahissement des forêts par les tiques et en même temps on me laisse la chance de me développer pour vous offrir ma protection  et mes soins contre ce fléau.
Oui avec tous mes bienfaits conjugués, je suis aussi utile pour lutter contre les symptômes inflammatoires de la maladie de lyme. Vous trouverez sur ce site internet un excellent article qui décrit les mécanismes et le protocole de lutte contre lyme. Les vertus anti-inflammatoires, qui aident à gérer les symptômes de l’arthrite de Lyme, sont très précisemment décrits.

Alors? on est réconcilié? Vous m’avez peut être jugé un peu vite. Je vous pardonne.
Comment savoir si vous ne prenez pas le temps de me connaître et de m’apprécier. C’est chose faite maintenant.
Vous souhaitez me consommer? Ce n’est pas très facile… tout se mérite finalement.
Vous pouvez m’acheter en gélule, toute broyée ou macérée. Vous n’aurez que votre confiance pour savoir ce que ces bonbons pharmaceutiques contiennent. C’est facile de s’en procurer. Une recherche rapide sur internet vous fera en trouver à un tarif élevé.
Je vaux de l’or pour qui sait m’exploiter.
C’est pour ça que vous ne me trouverez pas au coin de la rue.

Oui… malgré toutes les bonnes choses que j’offre et malgré les faibles risques d’intoxication que je fais courir, je suis interdit à la vente. Je ne fais pas parti des 142 plantes autorisées pour en faire le commerce.
Alors pour m’apprécier pleinement en attendant que la loi se réforme et que les lobbies de la pharma-chimie puissent me libérer pour vous tous, il vous reste à aller me récolter, me laver, me broyer, me faire sécher et me réduire en poudre. Ce qui peut prendre un temps certain.

Avec cette préparation de base, vous pourrez me mettre dans de l’alcool à hauteur de 200g pour 1 litre d’alcool à 40% et le laisser macérer 1 mois. Avec cette teinture mère, vous pourrez prendre 10 gouttes chaque matin dans un verre d’eau pour bénéficier des qualités du resvératrol.

Vous pouvez aussi préparer une décoction en faisant bouillir entre 5 à 30 grammes de mes racines préparées dans une litre d’eau. Après 20 minutes d’ébullition laissez refroidir et buvez la préparation au cours de la journée.

Ma racine broyée finement  peut aussi être ajoutée au café et extraite à l’eau sous pression du percolateur. Mon goût est agréable et vous bénéficierez rapidement de mes qualités médicinales simplement.

Comme vous l’avez compris, je suis une plante si intéressante et si généreuse que je ne peux que vous inviter à célébrer mon sacrifice. Soyez assurer que vous vous sentirez bien pour de nombreuses années en ma compagnie, je l’espère.

Il ne vous reste plus qu’à me déguster aujourd’hui en racine en attendant le printemps où mes asperges vous attendront à coup sûr.

Toutes ces données sur ma personnalité sont à caractère informatif. Elles résultent d’une recherche et d’une synthèse des publications officielles sur la renouée du japon sur différents sites web spécialisés dans l’herboristerie et la phytothérapie. Les expérimentations culinaires et les préparations végétales pour améliorer le bien-être sont décrites ici par Laurent Taillebois, paysan herboriste autodidacte et autoproclamé sur le territoire de Luzy (58). Il m’étudie et a mis en application tous ces points depuis un bon moment déjà.

Considérée comme un complément alimentaire favorisant le bien-être, je ne voudrais pas faire de diagnostic, ni de pharmacie; Comment voulez vous qu’une plante aient ces ressources…

Signé : Fallopia

Texte rédigé à l’occasion de l’atelier tisane du 13 novembre 2018, animé par Claude Amour de l’association « simplement » qui promeut le bien-être par les plantes.

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